La prise de Longpré et exactions, suite

mercredi 3 mars 2010
par Bailly Eric

 

Extraits des délibérations du Conseil Municipal.

  • 4 février 1871, contribution aux prussiens.
    La commission municipale de la commune de Longpré les Corps Saints, réunie au lieu ordinaire de ses séances, pendant la session de février, le 4 février 1871, considérant que la commune de Longpré est imposée par les Prussiens à une contribution de guerre à raison de 25 F par tête d’habitants, soit la somme totale de 48.050 F, qu’il est impossible de se procurer cette somme dans la commune pour samedi prochain, donne tous pouvoirs à M. MOREAU, banquier, membre de la commission municipale, de se procurer pour acquitter la dite contribution de guerre une somme de 50.000 F en offrant en nantissement des titres de rente de la commune.

  • 22 février 1871, contribution de guerre aux prussiens.
    La commission municipale de la commune de Longpré les Corps Saints, s’est réunie sous la présidence de M. le Maire avec les plus imposés pour délibérer sur les moyens d’assurer le paiement immédiat de la contribution de guerre imposée aux communes du département par l’autorité prussienne.
    M. le Président invite l’assemblée à délibérer ainsi que le demande M. d’Hornoy, sur les moyens proposés pour assurer le paiement immédiat de l’indemnité de guerre réclamée du département, par l’autorité prussienne et pour épargner aux communes le recouvrement de cette contribution par voie d’exécution militaire.
    L’assemblée, après avoir délibéré, décide ce qui suit :
    - L’assemblée consent à ce que M. Dauphin, Maire d’Amiens, membre du Conseil Général, agissant au nom et commendataire de la commune de Longpré et des autres communes du département, contracte aux meilleures conditions possibles et avec solidarité entre toutes les communes, un emprunt de la somme nécessaire pour acquitter la contribution de guerre actuellement imposée par l’autorité prussienne et dont le chiffre sera prochainement arrêté,
    - Tous pouvoirs sont donnés à M. le Maire d’Amiens pour réaliser cet emprunt et l’assemblée prend l’engagement solidaire avec les autres communes de rembourser en principal et intérêts cet emprunt au moyen de ses recettes ordinaires et des ressources extraordinaires déjà existantes ou qui seront crées ultérieurement par voie d’imposition locale ou autrement.- Il est entendu qu’aussitôt que le Conseil Général sera rentré dans la plénitude de ses attributions, l’emprunt communal ainsi contracté par M. le Maire d’Amiens, solidairement et à cause de l’impossibilité de recourir en temps utile au mode ordinaire, sera transformé en emprunt départemental.

     

Réquisitions prussiennes : (document de la mairie du 5 mars 1871)

1er et 2
décembre 1870

4 vaches
4 porcs
150 bottes fourrage
150 bottes paille
40 quintaux d’avoine à 22 f 880
220 litres eau de vie
tabac et cigares
pain

900  500
100
50
880  = 3130
250
150
300 

1er et 2
décembre 1870

dépenses supportées par les habitants et
évaluées pour 1200 soldats prussiens, à 2.f 30

  = 3000

13 décembre 1870

pain et vin 120
tabac 50

20
50  = 170

26 janvier 1871

25 sacs d’avoine
tourbe conduite à Picquigny 
3 vaches grasses 600
pain et cognac
tabac

550
120
600  = 1 370.
50
50

30 janvier 1871
31 "
1er février 
2 "

110 kilog. Bœuf
165 kilog. Pain
6 kilog.½ café
5 kilog. ½ sel 
220 litres bière
110 kilog. Pomme de terre
100 litres eau de vie
nourriture de 45 chevaux
12 kilog. Sucre
ensemble 578.50

pour les 4 jours 578.50x4

165
60
30
3
44
15
125
112.50
 

 

  = 2314.

du 2 février au
26 même mois

pendant 24 jours.400 hommes à raison de 2.f 25 (dépenses supportées par les habitants)
nourriture de 45 chevaux pendant 10 jours

  = 21 600.

du 2 au 26 février

30 hectolitres avoine
100 bottes fourrage .
100 bottes paille

450
100  = 610.
60

du 26 février au 5 mars

nourriture de 6 chevaux pendant 7 jours
avoine : 152 kilog.
fourrage : 125 kilog.
paille : 63 kilog.

45  25  = 77.30
7.30

du 26 février au 5 mars

26 chevaux (ambulance) , nourriture
800 kilog. ou 8 sacs
30 bottes fourrage
25 bottes paille

 
240
 50  = 305.
15

du 26 février au 5 mars

400 soldats prussiens pendant 1 à 2f 25
(dépense supportée par les habitants

  = 6300.

5 mars

fourni pour Hallencourt, suivant réquisition,
20 hl d’avoine

300  = 300. 

Du 26 février au 5 mars

8 voyages par jour, pour courses avec voitures pendant 7 jours à 6f

  = 336.

Du 30 janvier Au 5 mars

chauffage et éclairage du corps de gardes pendant 35 jours à 1f 25 par jour

  = 43.75

pendant le séjour des Prussiens à Longpré

le bourrelier
les maréchaux
les charrons et tonnelier
Kirsch pour pansement chevaux
huile de pieds de bœuf

40
80
20  = 152.
6
6

 

Total général

41 808.05


 

Lu dans la presse :


 

Extrait du rapport de M. Dransart, médecin du 2ème bataillon des mobilisés : lors des combats du 28 décembre, paru dans le journal l’Abbevillois en janvier 1871 : « des soldats prussiens en grand nombre faisaient irruption dans le café où j’avais établi mon ambulance. Ils pénétrèrent dans la cuisine, pièce dans laquelle j’avais disposé mon linge et mes instruments de pansement. Là aussi se trouvaient les personnes de la maison avec une jeune femme tenant dans ses bras un tout petit enfant, près de moi un mobile blessé à la tête, dont j’avais pansé la blessure. Les prussiens franchissent le seuil, l’un d’eux décharge son fusil à bout portant dans la poitrine du blessé, au même moment mon aide relève le canon du fusil dirigé contre lui et la balle passe au-dessus de son épaule, moi-même je suis mis en joue par cinq ou six d’entre eux et j’étais infailliblement fusillé si je ne m’étais rapidement élancé sur eux en relevant leurs armes et en me mêlant à leurs rangs. l’un d’eux furieux de n’avoir pu m’atteindre, me lança un violent coup de crosse qui déchire mes vêtements et me fait une blessure assez légère sur le côté droit du thorax. c’est alors qu’un des leurs, montrant le brassard que nous portions au bras gauche, fit probablement comprendre à ses camarades qu’ils ne devaient point s’attaquer à nous. Nous fûmes alors constitués prisonniers et amenés au poste... Un officier supérieur donne l’ordre de nous rendre la liberté et de nous reconduire à l’ambulance. À mon entrée je trouve le plus grand désordre dans tous mes appareils de pansement, mes instruments gisaient pêle-mêle dans la maison, quelques uns avaient disparu, entre autres un rasoir dont la beauté les avait tentés, deux livres, divers médicaments achetés chez M. Fourdrinier, pharmacien, rue St Vulfran, et quatre cent francs en or avaient également disparu. C’est dans une pareille situation, privé des choses les plus nécessaires, et blessé moi-même au point de ne pouvoir presque exécuter le moindre mouvement que je dus en proie aux plus vives douleurs me mettre à l’œuvre avec mon aide. »


Lu dans l’Abbevillois du 10 mars 1871 : à la suite de l’engagement de Longpré,il parait qu’un grand nombre de cadavres de soldats, tués par le feu, avaient été jetés dans les marais, dans les tourbières, et ce que dans notre pays on appelle les entailles. Durant les deux ou trois premiers mois, ces corps sont demeurés au fond de l’eau ; mais par l’effet de la décomposition et du développement des gaz, les cadavres sont remontés, ces jours derniers, à la surface des eaux. Les marais de Longpré sont couverts de corps flottants qui donnent un aspect horrible. Il est à craindre que si des mesures ne sont promptement prises, des épidémies ne se déclarent. Des loups ont paru sur plusieurs points. (Boves,Querrieux sont aussi cités)


Lu dans l’Abbevillois le 29 décembre 1871 : le 27 décembre 1870, plus de 2000 prussiens attaquaient à Longpré, deux compagnies du 4ème bataillon des mobiles du Pas de Calais, les 2ème et 7ème. Le combat fut vif. Plusieurs mobiles succombèrent après avoir vaillamment combattu. Quatre habitants de Longpré moururent aussi frappés dans l’engagement. C’est à l’occasion de ce triste anniversaire qu’un service solennel a été célébré aujourd’hui dans l’église de Longpré. Toute la population de la commune, et beaucoup d’habitants des communes voisines avaient voulu assister à cette douloureuse cérémonie, et payer aux braves enfants morts dans la bataille un juste tribut de larmes et de prières. M. l’abbé Morel, vicaire général, présidait cette solennité. M. le sous-préfet d’Abbeville, M.de Peretti Della Rocca, commandant du 4ème bataillon de mobiles du Pas de Calais, M. le capitaine Eugène Spriet qui commandait lors du combat le 4ème bataillon et qui a reçu depuis, pour prix de sa brillante conduite, la croix de la Légion d’honneur, le lieutenant Spriet, son frère, bon nombre de mobiles du Pas de Calais étaient présents. Dans les rangs du clergé on remarquait M. le doyen d’Hallencourt, MM les curés d’Airaines, de Béthencourt Rivière, de Mérélessart, de Rainneville, le vicaire d’Airaines. L’église était splendidement décorée. Sur un catafalque élevé au milieu du chœur on lisait cette inscription : « AUX BRAVES MOBILES DE L’ARRONDISSEMENT DE BÉTHUNE, MORTS MARTYRS DU DEVOIR, DANS LE COMBAT DU 27 DÉCEMBRE À LONGPRÉ LES CORPS SAINTS. » À la fin de la messe, M. le curé d’Airaines, qui avait si bien mérité des soldats et des habitants de Longpré, a dans une émouvante allocution, raconté les péripéties de ce drame...
L’absoute a été chantée au lieu où reposent les braves mobiles morts à Longpré.


 


 

La mémoire des morts de 1870

À Longpré, on peut voir dans l’actuel cimetière le monument à l’honneur des combattants du 28 décembre 1870 qui se sont distingués sur le territoire de la commune. Ces combats firent 8 tués, 15 blessés et plus de soixante prisonniers pris dans l’ancien cimetière où la résistance s’était concentrée.
Inscriptions du monument : sur la face avant on lit :

‘À la mémoire des français morts pour la
défense de la patrie, 28 Xbre 1870, souscription des jeunes de Longpré’, sur la face à gauche  :
‘Gardes Mobiles du Pas de Calais, 4ème Bon, Houssart Caporal, Carpentier Charles, Dedouiges Louis, Dubois Henry, Dufour Zéphir’, et sur la face à droite : ‘ Gardes Nationaux Mobilisés du Nord, Delval Baptiste, Piquet, Saintolie’.
Sur le devant du monument aux morts du village est actuellement apposée une plaque, commémorant le conflit de 1870-1871, datée du 28 décembre 1893. Elle comporte les noms de Constant Dulin, Achille Gabry, Joséphine Joly, Jean Baptiste Moy, Jean Baptiste Pilvoix. Il s’agit des habitants de Longpré tués ou mortellement frappés le 28 décembre 1870.


 

 


 

  • 13 février 1875, remboursement de la somme avancée pour contribution de guerre par les sieurs Sinoquet Florentin et Bilhaut Fortuné : dépense totale 179 F
    Le Conseil Municipal, considérant que le Sieur Sinoquet Florentin, cultivateur à Longpré, réclame à la commune le complément augmenté des intérêts d’une somme de 100 F qu’il déclare avoir prêté à la commune lors de l’emprunt fait le 11 février 1871, à l’effet de payer la contribution de guerre, que la veuve Bilhaut Fortuné, ménagère au dit Longpré, et ses deux enfants, réclament aussi avec les intérêts une somme de 100 F qu’ils déclarent avoir prêté à la commune dans les mêmes circonstances.
    Que bien que ces habitants ne soient pas possesseur de titres réguliers qui établissent leurs prétentions d’une manière incontestable, néanmoins il y a lieu vu leur honorabilité de faire droit à leurs réclamations.
    Après en avoir délibéré, le dit Conseil établit de la manière suivante le compte de chacun des réclamants, savoir : Compte Sinoquet : la somme prêtée a été de 100 F, le 1er remboursement effectué à la date du 13 février 1872, 60 F 27  : par conséquent il reste dû 39 F 73.
    Si a cette somme on ajoute les intérêts calculés à 6 % pour le 1er remboursement, ces intérêts sont de 3 F 64, et les intérêts du complément pendant 4 années 3 mois, le paiement étant supprimé de fait, le 11 mai prochain, ces intérêts étant de 10 F 13, on aura le total de la somme due à Sinoquet, lequel total est de 53 F 50.
    Compte, veuve Bilhaut et ses enfants, la somme prêtée 100 F, intérêts dus à compté du 11 février 1871 jusqu’au mois prochain, époque présumée du paiement, à 6 % , 25 F 50, total dû à la veuve Bilhaut et ses enfants : 125 F 50.
    En réunissant ensemble ces 2 sommes, on a un total à payer de 179 F.
    Le dit Conseil, vote le paiement de la dite somme de 179 F en faveur des sieurs Sinoquet Florentin et veuve Bilhaut Fortuné et ses enfants, dit que cette somme sera prélevée sur les fonds libre à la caisse municipale et prie M. le Préfet de vouloir bien approuver la présente délibération.

  • 4 décembre 1890 : Fête commémorative des combats de Longpré du 28 décembre 1870 : vote d’un crédit de 700 F, M. le Président expose, que récemment une souscription a été ouverte pour la restauration du monument élevé sur la tombe des soldats qui ont trouvé la mort au combat de Longpré, le 28 décembre 1870, et pour l’installation autour de cette tombe d’une grille en fer avec soubassement en granit, que tout porte à croire que le montant de cette souscription suffira au paiement de ces divers travaux, mais qu’il conviendrait de célébrer aussi dignement que possible l’anniversaire de ce combat et de recevoir de la façon la plus convenable les autorités qui voudront bien prendre part à la cérémonie.
    Après avoir entendu l’exposé qui précède, le Conseil municipal, à l’unanimité des membres présents, décide que la proposition de M. le Président est adoptée. Qu’un banquet sera offert à la mairie aux autorités qui prendront part à l’anniversaire dont il s’agit et vote à cet effet un crédit de 700 F pour faire face à toutes les dépenses qui seront occasionnées par cette fête patriotique et que ce crédit qui sera prélevé sur les fonds libres à la caisse municipale sera employé par la voie de l’économie.
    Suites de la fête commémorative du 28 décembre 1870 Vote d’un supplément de crédit M. le Président expose qu’au terme d’une délibération en date du 4 décembre 1890, approuvée le 30 du même mois par M. le Préfet de la Somme, le Conseil municipal a voté un crédit de 700 F pour la célébration de l’anniversaire du Combat de Longpré.
    Mais que les dépenses occasionnées par cette fête commémorative s’élèvent à un chiffre plus élevé et qu’il est réclamé par les Sires prénommés les sommes suivantes ; savoir :
    par M.  Lambert Henri, cafetier à Longprè : 841,00 F
    par M. Masse Pascal, charron, au même lieu : 39,50 F
    par M. Tirmont, loueur de voiture à Abbeville : 54,00 F
    par M. Courtin, tonnelier à Longpré : 31,25 F
    par M. Hautoy, peintre à Longpré : 21,30 F
    par M. Gallet, maire : 20,80 F
    par M. Masse Joseph, ferblantier à Longpré : 58,00 F
    par M. François Lucas, menuisier à Longpré : 10,00 F
    et par M. Lourdel Victor, fossoyeur à Longpré : 6,00 F
        Total : 1481, 85 F
    de sorte que pour solder l’intégralité de ces dépenses il existe une insuffisance de 381,85 F.
    M. le Président demande au Conseil de vouloir bien voter la somme nécessaire pour le solde complet de ces diverses réclamations.
    Après en avoir délibéré, ledit Conseil, considérant que ces réclamations sont fondées, décide, à la majorité des membres présents, M. le Maire n’ayant pas pris part au vote, un crédit supplément de pareil somme de 381,85 F sera prélevé sur les fonds libres à la caisse municipale pour être employée au paiement des dépenses dont il s’agit.
    Fait et délibéré en séance et les membres présents ont signé après lecture, à l’exception de M. Lheureux qui a refusé de signer ainsi que M. Florentin Sinoquet.

  • 17 décembre 1895, Anniversaire des combats de Longpré :M. le Président informe l’assemblée, qu’une délégation du Souvenir Français et de la société l’Abbevilloise, se rendront à Longpré le dimanche 29 décembre courant, pour la célébration de la cérémonie commémorative du Combat de Longpré qui a eu lieu le 28 décembre 1870 et lui demande dans quelle mesure elle veut contribuer à cette cérémonie.
    Aussitôt, le Conseil municipal, à l’unanimité des membres présents, décide que la compagnie des pompiers et la fanfare municipale prendront part au 25e anniversaire dudit Combat et vote pour les frais qui seront occasionnés par cette cérémonie commémorative, un crédit de 200 F qui sera prélevé sur celui des travaux et fournitures inscrit sous l’article 29 du budget supplémentaire de 1895.

  • Récit de la commémoration du 20ème anniversaire des combats en 1890
    Lu dans la revue Le Dimanche en 1890  :
    «  Mgr l’Évêque d’Amiens était venu bien volontiers présider cérémonie à laquelle assistaient MM. le sous-préfet, M. le colonel du 3ème Chasseurs, M. de Douville Maillefeu, député, M.  de Bonnault, conseiller général, M. le capitaine Spriet, blessé au combat de 1870, M. Henri Saint et plusieurs notabilités des environs, une députation des Mobiles du Pas de Calais. À l’issue de la messe, M. le curé de Longpré, chanoine honoraire de Limoges, a adressé à la nombreuse assistance qui se pressait dans l’église, trop étroite pour la contenir, l’allocution suivante : ... Je ne puis sans une douloureuse émotion me rappeler la sanglante journée du 28 décembre 1870. Il me semble encore entendre le son du tocsin appelant les enfants de la France à repousser un ennemi qui avait su habilement dissimuler sa marche, qui arrivait à l’improviste dans une direction diamétralement opposée à celle que les éclaireurs avaient prise. Je crois entendre encore le sifflement des balles, les cris de fureur des combattants, les plaintes des blessés, les gémissements des mourants. Je me vois encore tout couvert du sang de ces guerriers ramassés sur le champ de bataille... Le lendemain douze cercueils s’alignaient dans la nef de cette église... »


 

  • 28 avril 1894 Lettre datée du 8 avril 1897, du sous-préfet de Marcère au préfet au sujet du monument de la guerre 1870-1871 :
    « Par votre lettre du 19 mars, vous m’informez que conformément à mon invitation, vous avez fait appel du patriotisme de diverses communes de votre département au nombre desquelles se trouvait celle de Longpré les Corps Saints, pour les engager à céder gratuitement à l’Etat, les terrains où étaient inhumés les victimes de la guerre de 1870-71.

Par délibération en date du 2 mars 1892, le Conseil municipal de cette commune, se basant sur la loi du 4 avril 1873, émet l’avis que la tombe située dans son territoire ne se trouve dans aucun des cas prescrits par cette loi, n’est pas susceptible d’expropriation et décide qu’elle restera la propriété de la commune, qui continuera à assurer comme par le passé son entretien.
L’offre de cession que je vous avais prié de vouloir bien faire à la municipalité, avait pour but de pouvoir comprendre pour des subventions consécutives la commune de Longpré les Corps Saints, dans un état de répartition basé sur le chiffre récemment voté en augmentation des crédits réservés aux tombes militaires. En effet, avant même de recevoir la réponse, à ma proposition, j’avais déjà compris cette commune pour une subvention de 50 F pour les fonds d’exercice de 1893. Il ne me sera possible de renouveler ces allocations, qu’en faveur des communes qui ont consenti les cessions de terrain, c’est pourquoi dans l’intérêt même de la municipalité il serait désirable qu’elle revînt sur sa décision : elle conserverait néanmoins le droit d’entretenir à son gré la tombe dont il s’agit mais elle pourrait compter aussi sur le concours de l’Etat.
Recevez .... pour le ministre l’Intérieur, le directeur de cabinet du personnel et du secrétariat André BENAC. Pour copie conforme destinée à M. le Maire de Longpré avec prière d’inviter d’urgence le Conseil municipal à délibérer de nouveau sur cette question »
Après cette communication, le Conseil municipal, considérant que le patriotisme des habitants de Longpré se saurait être mis en doute ; considérant que le monument qui se trouve sur la tombe des soldats de Longpré, est élevé avec le produit d’une souscription provenant des dons faits par les jeunes gens de la commune : considérant que malgré le vif désir qu’aurait le Conseil municipal d’être agréable à M. le ministre de l’Intérieur, il ne serait pas convenable de distraire de l’enclos de l’ancien cimetière Saint Martin, la parcelle où se trouve ce tombeau : Considérant que cet ancien cimetière redeviendra peut-être un jour le cimetière de la commune : considérant bien que le secours de l’Etat ne soit pas à dédaigner, il est préférable dans l’espèce que la commune conserve à sa charge l’entretien du monument dont il s’agit : décide à l’unanimité des membres présents que la délibération du 2 mars 1892, est maintenue.24 avril 1897 : suite à un crédit de 50F alloué par le ministre de l’Intérieur au village pour la restauration des monuments élevés à la mémoire des soldats tués pendant la guerre 1870-1871, réponse du conseil : « plusieurs membres rappellent que déjà dans sa séance du 2 mars 1892, le Conseil municipal de Longpré a refusé de vendre à l’Etat le terrain où sont inhumés les soldats tués pendant le combat de Longpré du 28 décembre 1870, par la raison que cette inhumation ayant été faite en dehors du cimetière communal, la loi du 4 avril 1873, invoquée pour arriver à l’expropriation de ce terrain, n’était plus applicable.
Que ce refus a été basé sur le sentiment du pieux respect dont tous les habitants de Longpré ont toujours entouré ce tombeau qui a été surmonté d’un Monument et entouré d’une grillée édifiée en 1871 et en 1890 au moyen de 2 souscriptions ouvertes à cet effet et auxquelles, on prit part sans exception, tous les habitants de Longpré.
Que dans cette même séance, le Conseil municipal, à l’unanimité, a décidé que ce terrain resterait la propriété de la commune de Longpré et que les frais d’entretien seraient à la charge de cette dernière.
Que par lettre du 8 avril 1894, adressée par M. le Ministre de l’Intérieur, à M. le Préfet de la Somme et transmise par ce dernier à la mairie de Longpré, le Conseil est invité à revenir sur sa décision, et, qu’au contraire il a, par une nouvelle délibération en date du 28 avril 1894, et toujours à l’unanimité, maintenu la décision prise par lui précédemment.
Après quoi ledit Conseil, considérant que les sentiments, des habitants de Longpré à l’égard de leurs défenseurs de 1870, n’ont nullement changé et que ceux, qui ne sont plus, ont transmis à leur descendant la vénération dont ils entouraient le tombeau de ces Braves qui rappelaient à plusieurs d’entre eux, la perte d’Etres qui leurs étaient chers, morts dans des circonstances semblables.
Considérant que l’acceptation de la subvention offerte par M. le Ministre de l’Intérieur pourrait être considérée comme une acceptation tacite de la demande de concession faite au profit de l’Etat ; considérant qu’une semblable cession serait certainement prise en mauvaise part par tous les habitants de Longpré, qui attachent à la possession de ce tombeau une sorte de culte qui mérite le respect ; décide à l’unanimité des membres présents, qu’il n’y a pas lieu d’accepter ladite subvention, tout en remerciant M. le Ministre, de l’attention patriotique apportée par lui en faisant cette offre. »

 


Commentaires

Navigation

Articles de la rubrique

Météo

Longpre-les-Corps-Saints, France

Conditions météo à 0h0
par weather.com®

Inconnu

°C


Inconnu
  • Vent :  km/h - N/D
  • Pression :  mbar tendance symbole
Prévisions >>


Brèves

Le site de la Mairie

mardi 9 mars 2010

Ne manquez pas de visiter le site de la Mairie de Longpré les Corps Saints. Vous y trouverez toutes les informations utiles concernant le village. Le maire M. Cailleux y fait un travail remarquable.

Sur le Web : Le site de la Mairie