Longpré dans la tourmente

mercredi 7 avril 2010
par Bailly Eric

Longpré les Corps Saints du 18 mai au 6 juin 1940.

Après avoir passé la première guerre mondiale dans un calme relatif (voir les articles sur la grande guerre à Longpré), Les Longiprates ont suivi la montée du nazisme avec une oreille attentive, août 1939 leurs a rappelé que les guerres qu’ils avaient gardé en mémoires (notamment celle de 1870 avec les exactions des Prussiens, voir les articles à ce sujet) leurs avaient déjà fait payer un lourd tribu par la perte de nombreux hommes de la commune.Qu’ils soient pères, frères, voisins ou amis, chacun savaient que les dures combats de 14/18 avaient été âpres, fait de privations, de souffrances, les tranchées étaient encore dans les mémoires, les corps mutilés et les gueules cassées été là pour le prouver autant que les récits. Mais fort de la victoire de 1918, La France était forte et passait pour la meilleure armée du monde.

Je vais tenter de vous expliquer les événements qui se sont déroulé à Longpré et dans ses proches environs du 10 mai au 6 juin 1940, 27 jours qui ont changé définitivement le visage du village, 27 jours de pagailles ou des milliers de gens se sont croisés sur les routes, 27 jours de terreur, d’espoir, 27 jours baigné par la violence de la guerre.

Ce jour du 10 mai 1940, Abbeville subit son premier bombardement, le camp d’aviation est visé mais les bombes tomberont sur la sucrerie, déferlement des populations en exode arrivant de la Belgique et de la Hollande puis des régions nord de la France et de la Picardie. Entre le 10 et le 20 mai, Abbeville connaît des alertes aériennes qui se succèdent au rythme de trois le jour et trois la nuit. Amiens à été bombardé le 19 mai et selon des témoignages de l’époque les dégâts ont été considérables, le 20 mai 1940, ont peu voir deux énormes colonnes de fumée, Abbeville et Amiens brûle. Pendant ce temps l’étau se resserre sur le nord de la France, la prise en tenaille des alliés par la machine de guerre Allemande est en route, elle se terminera à Dunkerque. Malgré la reformation d’un corps Français sur la Somme, de la bataille d’Abbeville engagé par le Général de Gaulle et ses blindés, la bataille de la Somme peut être engagé avec les conséquences qui en découleront aussi bien pour la Nation Française que pour notre petit village pris sous le feu croisé des Alliés, de nos valeureux soldats Français et d’outre-mer et bien entendu des forces Allemandes dirigé par le Maréchal Rommel.

Témoignages des événement sur Longpré les Corps Saints et Condé Folie du 18 mai au 6 juin 1940.

Samedi 18 mai : Longpré et Condé sont bombardé, le noeud ferroviaire est détruit.

Vendredi 24 mai : Le détachement du Lieutenant Rouzée occupe Longpré, Il est renforcé par un peloton de l’escadron Aertselaer, 2e Régiment de Dragons Portés (2e RDP) avec l’appui du groupe d’escadron de découverte du 3e Régiment d’automitrailleuse (3e RAM) sous les ordres du Capitaine Weygand, comprenant les voitures blindées Panhard 178. le détachement du Lieutenant Rouzée est soutenu également par des chars H35 du 7e Cuirassiers. Il chasse de Longpré des "sonnettes" Allemandes qui sont refoulées vers le pont de l’Étoile.

Samedi 25 mai : à Longpré, à 11 heures l’escadron De Beaumont, 3e Escadron du 2e Régiment de Dragons portés achève l’occupation de Longpré et refoule l’infanterie Allemande de la 2e Division d’Infanterie motorisée (2e DIM) vers Long. A Condé, vers 11 heures le Capitaine Van Aertselaer, du 2e RDP, organise le village de Condé pour empêcher toutes infiltration et arrêter même toute avance de chars. L’ennemi très actif pousse en avant de nombreuse patrouilles arrêtées aussitôt par les tirs de la 2ème RDP. Pendant 5 jours l’Escadron Van Aertselaer empêcheras toute infiltration. Le Lieutenant Rouzée du 3e RAM, avec un peloton de l’Escadron Van Aertselaer et un G.M occupe le plateau dominant les 2 ponts de chemins de fer.

Dimanche 26 mai : Longpré et Condé sont bombardé à plusieurs reprise par l’aviation Allemande. De Condé, des reconnaissance sont envoyé sur la Somme pour vérifier si le pont entre Condé Folie et l’Étoile et ceux du chemin de fer sont ou non détruits et s’il sont fortement occupés. Plusieurs reconnaissances de l’escadron Van Aertselaer essaient sans succès de s’avancer en direction de l’Étoile. La chaussée est rectiligne, bordé de marécages ; des postes ennemies bien à l’abri avec des armes automatiques empêchent toute infiltration, il est pourtant remarqué que le pont est praticable à des piétons puisque des patrouilles Allemandes essaient à leur tour de reconnaître Condé Folie.

Lundi 27 mai : bombardements intermittent sur Longpré et Condé par l’aviation Allemande. De nombreux mouvements de troupes sont remarqués au nord de la Somme et des concentrations ennemies à l’Étoile.

Mardi 28 mai : à Longpré, tirs de 75 et de mortiers de 81 sur le nord de la Somme par le 2e RDP. A Condé, 2 pelotons de l’escadron Beaumont, du 2e RDP sont dirigés devant les 2 branches du chemin de fer.

Mercredi 29 mai : Tirs de Longpré avec des mortiers de 81 sur le nord de la Somme.

Jeudi 30 mai : vers midi arrivent à Longpré les premiers éléments du 4e Hussard qui dans la nuit du 30 au 31 vont relever le bataillon du 2e RDP qui occupent les points d’appui. Idem pour Condé.

Vendredi 31 : mai : avant le jour, le groupement De Beaumont a décroché de Longpré pour se regrouper dans la région de Warlus, le reste du 4e Hussard arrive à Longpré vers 15 heures, à 17 heures la relève définitive est achevée.

Samedi 1 juin : les cavaliers du 4e Hussards ont 2 canons de 25 et tirent de Longpré sur le nord de la Somme.

Mardi 4 juin : arrivée à Longpré de la 1ère compagnie du 1er bataillon du 53e Régiment d’Infanterie Coloniale Mixte Sénégalais (53e RICMS) pour relever les cavaliers du 4e Hussards, elle bénéficie de l’organisation de défense créée par le 4e Hussards. Arrivée également à Condé du 53e RICMS qui relève le s cavaliers du 4e Hussards.

Mercredi 5 juin : sur Longpré, tenu par la 1ère compagnie du 53e RICMS sous les ordres du Lieutenant Pignon, les bombardements d’artillerie ont débuté dés 4 heures du matin pour s’intensifier à 9 heures. Arrêt puis reprise l’après-midi. Le 53e RICMS stoppe la progression d’une colonne ennemie qui cherche à s’infiltrer dans l’intervalle situé entre Condé Folie et Longpré. Longpré brûle et l’incendie ne s’éteindra plus. En début d’après-midi Le Catelet est évacué, Fontaine est pris par l’ennemie, le flanc gauche de Longpré est découvert. Au crépuscule, les Allemands de la 5e Panzer, venant de l’ouest attaquant avec des blindés : les engins de tête sautent sur les mines, l’infanterie d’accompagnement est stoppée. C’est l’échec pour l’ennemie. La nuit est calme, tandis que Longpré continue à brûler. A Condé Folie, l’organisation défensive du 53e RICMS comportait trois points d’appui : P.A du Lieutenant Franot au centre du village, barrant le carrefour de la route de l’Étoile, P.A du Lieutenant Médard à la lisière nord du village, P.A du Lieutenant Hinzelin dans le Haut-Condé au sud du passage à niveau. dans chaque P.A, se trouvait une section de voltigeurs. Le mortier de 81 (S/Lt Combal) et le canon de 25 (Lt Casanova) étaient inclus dans le P.A du carrefour central. Condé Folie et Longpré les Corps Saint sont des agglomérations importantes situés sur la route de Paris, Beauvais et Aumale, bordées par des marais au nord, donc difficile à attaquer, mais aussi difficile à défendre à cause des cheminements nombreux, rues et talus du chemin de fer qui favorisaient les infiltrations ennemies. Pendant la matinée, les bombardement d’artillerie ont alterné avec des tentatives de l’infanterie Allemande qui avait du mordant. Le groupe Audoyer fit feu de toutes ses armes, mitrailleuses, mousquetons, grenades. Un tir de 75 demandé par fusée fut obtenu, il produisit un gros réconfort moral. Vers midi, des chars furent aperçu au loin, en direction d’Hangest sur Somme. Le mortier de 81 exécuta un tir de thalweg qui aboutit à la voie ferré, à 1.500 mètres environ à l’est de Condé. Des Allemand armés de mitrailleuses se portèrent vers la section Franot. Ils furent repoussés par le mortier de 60, puis après un tir de 155 Français, l’artillerie Allemande bombarda de nouveau le village qui commença à subir de gros dégâts. Les tirailleurs résistèrent dans les maisons transformées en fortins mais, rapidement les pertes devinrent lourdes. Dans le Haut-Condé, le lieutenant Hinzelin avait été tué, et près du PC du Capitaine l’adjudant Liégard et un Adjudant Sénégalais étaient au nombre des morts. Dans quelques caves pas encore effondrées, beaucoup de blessés étaient soignés. Le sergent Difibril assurait les liaisons avec un remarquable sang-froid. Des combats acharnés furent livrés jusqu’au soir. Ce n’est que devant l’incendie propagé par les lance-flammes que le capitaine Magnien a quitté son PC attaqué à coup de grenades incendiaires. Il va rejoindre avec un mousqueton à la main le lieutenant Cros qui assurait la défense de la lisière sud. Il était accompagné de quelques survivants et du lieutenant Franot, nous allons tous griller avait dit le capitaine, puis examinant la situation, il avait déclaré "La coloniale ne se rend pas" et il avait donné l’ordre de forcer les lignes Allemandes pour s’en aller en direction des points d’appui situés au sud de Condé Folie. Le lieutenant Cros passa le long d’un champ d’avoine avec sa section qui emportait deux mitrailleuses et les munitions restantes. Ils furent rapidement arreté par un barrage de mines qui les décima. Le sergent Audoyer fut tué, lui-même fut blessé. Le capitaine Magnien était parti de son côté avec quelques voltigeurs, il avait à peine fait une centaine de mètre qu’il tomba frappé à mort par une balle, à côté le lieutenant Franot, blessé à l’épaule.

Jeudi 6 juin : à Longpré, à l’aube un nouvel assaut est mené de tous côté et appuyé par des tirs de mortiers à obus incendiaires. On se bat maison par maison, au milieu des effondrements et des incendies. A 11 heures, 2 sections isolées du reste de la compagnie luttent toujours. Le commandement de la 1e compagnie, le lieutenant Pignon abandonne son PC qui brûle et réorganise sa défense dans un verger. A 19 heures, 2 percées sont tentées, elles échoueront et les derniers survivants sont capturés. A Condé, à l’aube on entendait encore quelques coups de feu dans les ruines fumantes. Un groupe qui résistait dans une cabine d’aiguillage fut anéantie.

Après ces durs combats et bombardements, 90% du village de Longpré les Corps Saint fut détruit, Le village se vit attribuer la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil. Aujourd’hui un monument s’élève au milieu du village, il est dédié à la mémoire des valeureux soldats du 53e RICMS qui ont combattu pour défendre la Patrie. L’épitaphe en est ainsi rédigé :

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 Épitaphe du souvenir

 5 et 6 juin 1940

 

 Ils sont morts pour que les hommes s’aiment

 

 


Commentaires

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mercredi 1er décembre 2010 à 18h37, par  Bailly Eric

Et pour terminer, une vue générale ainsi q’une description de ce cimetière par le site chemin de la mémoire : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr...

CONDE-FOLIE (Somme) : 3 279 corps. Un ossuaire. 12 818 m2. 829 tombes sont garnies d’une stèle musulmane.

Document joint :  23_cimetiere_Conde_Folie.jpg
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mercredi 1er décembre 2010 à 18h28, par  Bailly Eric

3 me photo

Une autre vue générale avec au fond l’ossuaire ou sont inhumé les corps de 1000 soldats n’ayant pu être identifiés.

Eric Bailly

Document joint :  IMG00041-20101028-1025.jpg
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mercredi 1er décembre 2010 à 18h25, par  Bailly Eric

2 me photo

Une vue générale.

Document joint :  IMG00040-20101028-1022.jpg
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mercredi 1er décembre 2010 à 18h24, par  Bailly Eric

Bonjour Je suis passé dans la région de Condé Folie et suis allé au cimetière militaire ou sont enterré les combattants de cette bataille. Voici la tome du Capitaine Magnien. Je fait parvenir via ce forum 2 autres photos concernant ce cimetière militaire.

Bien à vous Eric Bailly

Document joint :  IMG00039-20101028-1015.jpg
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mercredi 7 juillet 2010 à 21h53, par  laurent

J’ai lu avec attention votre récit des combats de 1940 autour des villages de Condé-Folie et de Longpré. Le lieutenant Cros, qui défendait la lisière sud, était mon grand-père, et le nom du capitaine Magnien, qu’il a vu tomber, a marqué mon enfance. C’est d’ailleurs par son nom que j’ai trouvé votre site, car j’avais oublié le nom du village. Mon grand-père a été blessé, a perdu connaissance et a été fait prisonnier, ainsi que ses derniers hommes. Toute la section a été passée par les armes, et mon grand-père a été épargné in extremis par l’intervention d’un officier allemand, du fait de sa couleur de peau. Merci pour votre oeuvre de mémoire.

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